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A comme Arbitrer

Difficile de savoir par où démarrer. J’ai commencé ce texte il y a plusieurs mois et puis l’inspiration a eu raison de l’ordre.
Je pensais m’ôter une épine du pied en choisissant un système assez basique qui m’imposait une exploration quelque peu méthodique. Consciente de l’absurdité d’espérer pouvoir faire le tour de la question de mon identité en un puzzle de mots, je décide de lancer le bal en abordant l’épineuse question des choix que je vais être forcée de faire. J’ai foutu le système en l’air avant même de venir à bout du premier texte. Je m’abstiendrais de vous dire ce que je pense que ça dit de moi.

Je tremble à l’idée de devoir décider de qui va être parmi le clan des élus et qui sera mis au rebut. J’ai déjà foutu l’amour de côté. Ça vous montre bien que personne n’a sa place assurée au sein de cette aventure. D’ailleurs l’aventure aussi a été mise sur la touche. Finalement à l’image des multiples versions de moi qui cohabitent on ne sait jamais qui va avoir le droit de sortir et parader et qui va rester planqué derrière le rideau. 

Mais alors quand je suis celle qui rit aux éclats, danse jusqu’au bout de la nuit, parle fort et n’a pas peur de passer derrière le comptoir du bar grâce à l’alcool qui m’enivre, qu’arrive-t’il à celle qui a le cafard ?

Est-ce qu’elle attend sagement son tour en salle d’attente à l’intérieur de moi ? Où est-ce qu’elle chiale dans sa chambre et quand ça déborde elle étouffe tout le monde avec son trop plein de chagrin ? 

J’ai un jukebox dans le corps. Doit y avoir une version de moi qui s’emmerde et qui passe sa mitraille dans l’objet désuet. C’est peut être là que termine les versions de moi que je n’utilise plus, elle gère le jukebox. Un gang de personnalités et d’humeurs déchues qui se relaie pour  choisir qui va gouverner mes jours et mes nuits. Visières néons, veste à sequin, legging léopard, clope au bec, ongles en acrylique criards, bagues à outrance, vulgaires juste pour le plaisir de déranger. Enfin bon c’est pas en jouant au tarot devant le jukebox qu’elles dérangent qui que ce soit. 

Je vous présente la balade de la nostalgie, exit le dancefloor, tout ce que je vais boire c’est l’eau de mes larmes à chaque image, son, mot qui va me rappeler un évènement qui m’a émue. Qu’importe que ce soit un souvenir heureux ou non. C’est la porte ouverte au vague à l’âme. 

Appréciez la symphonie pour fixette en bonne et due forme. Les Walkiries peuvent aller se rhabiller. La descente aux enfers est inévitable et clairement rencontrer des cavalières en furies est un programme plus alléchant que de courir mon marathon obsessionnel prise au piège de la roue de hamster que je me serai soigneusement confectionnée.

Un peu de légèreté avec le hit de l’été. Les battements par minute s’emballent et rien ne pourra étouffer ma joie. Je palpite, je vibre, je résonne. Je suis les basses, et c’est la démesure que je bats. Trépidante je suis couverte de la sueur des corps qui s’échauffent et du bonheur qui en dégouline. 

Ne manquez pas la valse des regrets, si belle et si tragique. Le va et vient des “si j’avais su” au bras des “qui sait” a des airs de palais viennois un jour de nouvel an. Me prendrais-je pour une Impératrice afin de couvrir de satin et de soie tout ce qui jamais, ne sera ?

 

Ambiance bal musette et accordéon pour accompagner mon rire franc. Pas de chichi avec moi.

Et pourtant quand il est question de choisir silence radio. Je parle pas de choisir mon  parfum de glace – yaourt noisette c’est mes valeurs sûres. Je parle de prendre des décisions qui tranchent et qui laissent des plaies béantes que je me traîne sans savoir qu’en faire. Je parle d’arbitrer, de savoir ce que j’accepte de laisser tomber, de remettre à plus tard, de peut-être perdre à tout jamais ou pire encore d’oublier. 

J’ai de nombreuses fois voulu rendre le sifflet invisible de mon libre-arbitre, quand la vie me malmène, quand elle me passe à la lessiveuse et qu’elle me colle le nez tout droit sur mes incohérences.
Moi je les aime mes incohérences, elles ont de l’allure. Seulement voilà, elles me collent dans des situations délicates d’où il ne fait jamais bon s’extirper. Alors je me tortille pour essayer de me sortir de la panade où bien souvent je me suis moi-même fourrée. 

Prenons cet abcdaire, personne ne l’a demandé. 
Personne n’a dit que je ne devais choisir qu’un seul mot par lettre. 
Personne ne m’oblige à renoncer. 
Personne sauf moi. 

L’arbitre qui se fait passée pour une martyre de ses propres élans. Je n’ai pas vraiment de cartons à distribuer puisque tous les coups sont permis et moi seule court sur le terrain. Pourtant je m’impose des choix pour continuer à avancer, à construire et à ne pas laisser ma voix se perdre dans le brouhaha de mes idées. 

Alors nous y voilà, le commencement s’achève sans grand fracas, il est presque banal et c’est tant mieux. Le pansement est arraché, le pire est derrière nous. Il ne me reste qu’à continuer d’arbitrer selon mes humeurs et mon jukebox intérieur.