Carnet de voyage
L’été
Ce projet est un recueil de pensées brèves collectées lors d’un périple estival en 2023. Un album photo sans image que j’ai décidé d’illustré par la suite. Une collection de tout et de rien, comme un exercice de photographie de mes états d’âmes que j’ai décidé de vous partager ici.
PARTIR
Il y a quelque chose de terrible dans les départs.
Happée hors du quotidien, hors de chez soi, hors de la frénésie.
Le rien récupère son dû pour équilibrer les plateaux de ma balance qui penche dangereusement du côté du tout.
J’engloutis les kilomètres pour aller trouver le repos. Lancée à toute allure vers l’inertie la plus douce qui soi.
Partir c’est mettre le point final à un chapitre qui voudrait s’éterniser. Trancher enfin et accepter qu’ il est essentiel de revenir à la page blanche parfois.
RALENTIR
Accepter la lenteur qui s’installe. La laisser s’immiscer dans le quotidien. Elle glisse entre les heures qui s’étirent alors à son contact.
Rien ne se fige totalement.
Je suis enveloppée dans la chaleur qui m’oblige à laisser mon corps se relâcher.
La lutte est lente et je ne pourrais pas sortir victorieuse. Je serais la perdante béate.
Celle qui flotte le sourire aux lèvres, s’abandonnant à la fatigue, heureuse de n’avoir rien à faire que succomber. Les paupières closes, le clapotis de l’eau sous mes doigts, je m’enfonce dans mon matelas fluo avec autant de satisfaction qu’en finissant ma énième grille de mots fléchés.
BALADE
Promenade sur la corniche, pin paresseux, cigales ensuquées et roches abruptes.
Turquoise et bleu profond s’entremêlent à perte de vue.
Les bateaux se parent de leur traîne d’écume et valsent à l’horizon.
Doigts de sorcières et lauriers sillonnent avec moi le rivage. Le silence est dicté par le soleil brûlant. La lumière est blanche, éclatante et pâle à la fois. La sueur perle sur ma nuque, tel un appel à descendre dans la prochaine crique pour m’offrir à l’étreinte rafraîchissante de l’eau salée qui embrasse la falaise ébouillantée.
LECTURE
Trouver l’angle parfait pour que mon livre s’ajuste en pare soleil.
Ne surtout pas faire tomber l’ouvrage dans la piscine avant de connaître le dénouement.
Le plaisir de n’avoir rien d’autre à faire que de dévaler des kilomètres de papiers.
Plus rien ne compte que l’intrigue. Mon cœur se serre et exulte pour ces personnages encore inconnus il y’a peu.
Évasion d’un genre silencieux, plus que seyante pour mon escapade hors du temps.
Je ne pense plus à rien, enfin le calme s’installe, sans avoir à reprendre aucune autre activité qu’étaler de la confiture au goûter une fois la lecture terminée.
GRISÉE
Ce matin le ciel a fondu dans la mer. L’horizon invisible a des allures d’infini.
Un voile est descendu sur le littoral. Il semble endeuillé car les plus jeunes le désertent pour retrouver les bancs de l’école.
Restent les cheveux grisonnants sous les chapeaux et les visières. Les peaux brunies et qui se plissent et se creusent avec les ans comme des vallées arides et érodées par l’iode.
Les fauteuils à rayures dans les galets.
(…)
Quelques heures plus tard le voile est relevé. Accroché sur les hauteurs qui veillent sur la côte, couronne d’argent et de coton déposée là pour que le soleil retrouve sa fiancée en contrebas. Il embrase les galets et transperce l’eau qui se parent de ses plus beaux turquoises pour le séduire.
Le sel sèche sur mes joues et ma tresse goutte doucement au creux de mon cou alors que je suis la témoin timide de cette union divine.
Les jours de rien. Les jours de gris. Les jours où on attend la pluie promise mais qu’elle n’arrivera finalement pas.
Ces jours là sont bénis d’une aura particulière.
Le sol rend sa chaleur sous l’humidité qui descend du ciel, il expire une odeur si particulière qu’on la sait entre mille. Elle est la fragrance d’un arrêt sur image où la tension monte, mouillée et terreuse à la fois.
Les mots croisés se noircissent à l’image du ciel qui semble avoir perdu ses couleurs.
Finalement quelques éclairs ponctuent mes rêveries de fin de soirées, juste à temps pour trouver le point final de ces bribes de pensées.
FOUDRE
DIVAGUER
Je suis dans le silence presque total. Le vent dans les feuilles de l’olivier est mon seul compagnon. Même les cigales sont muettes.
J’apprécie de fermer les yeux, de ne pas avoir à faire à la conversation. Je n’ai pas à faire, tout court.
Je suis là. J’erre dans mes pensées. Je divague aux portes du sommeil.
J’aime cet état suspendu où je me retrouve trop peu souvent. Cet endroit fait partie de ceux qui savent me l’offrir. Ces endroits ou plus rien ne compte, où je baille tellement il est bon d’y relâcher toutes mes tensions.
Ici je suis entourée mais on me laisse savourer ma solitude.
Ici je suis parmi les miens.
Ici je renoue avec mes racines et je savoure le goût des souvenirs de mon enfance.
Ici je n’ai même pas besoin que toutes les lettres de mon prénom résonnent pour exister.
DÉJEUNER EN TERRASSE
Les glaçons dans le verre.
Les langues qui se mélangent en bruits de fond.
Les parasols qui veillent.
Le serveur pas aussi drôle qu’il aimerait penser.
On prend son temps, on prend des photos, on se dit qu’on aimerait que ce soit toujours comme ça.
C’est une façon de se dire qu’on s’aime finalement. Qu’on voudrait que la vie se résume à la simplicité de ces moments de douceurs avec celles et ceux qu’on aime.
C’est une façon de sceller le lien invisible qui fait de nous une famille.
On trinque, on prend le dessert même si on n’a plus faim, oui mais on partage, n’oublions pas le café, tiens prends mon gâteau.
LA GLACE
Choisir la bonne gelateria n’est pas aussi facile qu’on voudrait nous le laisser imaginer.
Il faut qu’elle dégage ce savant mélange de beau et de simplicité , qu’elle ne soit pas trop grande mais propose assez de choix, qu’elle soit mignonne mais pas trop à la mode.
En matière de glace on ne peut pas se fier à n’importe qui. Elle devra être aussi crémeuse que le cœur de celui qui la sert généreusement et avec délicatesse.
Une compagne éphémère qui engourdit les lèvres et réchauffe le cœur.
Le sourire rempli d’une joie propre à ceux qui vendent du bonheur en cornet, elle me tend la précieuse glace à la noisette. Ma préférée. Mes papilles ne me laissent aucun doute, je suis bien arrivée en Italie.
À PIEDS JOINTS
Trempés et étourdis par la joie de braver un interdit que personne n’a pris la peine de formuler.
On ne traîne pas pieds nus comme ça.
Aujourd’hui on a sauté dans la rivière éphémère que la pluie nous a offerte, en plein milieu de la ville.
Je me repais de ces petits bonheurs qui font les plus beaux des souvenirs.
On rit aux éclats et je sais que c’est ça la vie de rêve.
BAIGNADE
Le bruit continu des vagues qui s’écrasent sur les bancs de sables comme un chant de sirène. Appel irrésistible à aller se perdre dans l’écume, témoin innocent de la fureur de la veille.
Lorsque je m’engouffre dans l’eau la joie se déverse dans mon corps comme des décharges. L’orage gronderait il désormais sous la surface de cette mer qui peine à s’apaiser ? Électrisant celles et ceux qui osent s’immiscer en son sein, la mer exige de ses invités la vigueur, les rires et quelques gorgées salées.
Rien n’est plus savoureux que le joie brute qui saisit mon corps au contact des vagues.
Peut-être est-ce le contraste avec la douceur du sable sous mes pieds.
Peut-être est-ce le contraste de la lenteur du reste de la journée.
Peut-être que je n’ai pas envie de résoudre cette énigme et que pour une fois, ne pas savoir me réjouit.
Aujourd’hui je suis en colère, je me démène, je gronde, j’écume de rage. On me prend trop souvent pour celle qui est immuablement trop lisse, trop calme, trop banale. On pense que jamais je ne m’emporte, jamais je ne fais de vagues…
Détrompez vous. On vous a pourtant dit de vous méfiez de l’eau qui dort.
Voici la preuve que je ne suis pas aussi prévisible que vous aimeriez le croire.
Aux tempêtes qui couvent et aux orages qui naissent dans le silence. À celle qui comme moi sont sous estimées, puissent elles faire retentir leur courroux et rappeler à elle leur pouvoir.
MÉDITERRANÉE
L’AMOUR À LA PLAGE
Arrêtez le temps et rester là. Garder ce baiser au creux de mes lèvres. Que l’étreinte ne se termine jamais. Le soleil qui caresse mon front alors que tu caresses ma joue. Le souffle coupé pour toujours, suspendue à toi.
Enivrée d’une manière bien plus subtile qu’aux premiers jours.
Ta présence, la certitude de trouver dans ton regard le courage qu’il me manque et dans tes mots les onguents qui soignent toutes les blessures.
Me retourner pour m’assurer que tu es toujours là. Graver à chaque fois un peu plus dans ma mémoire tes traits. Près du vert caché dans tes iris et des plis qui encadrent ton regard quand tu me souris, je classe tes taches de rousseurs timides et quelques un de tes grains de beauté.
Arrêter le temp pour ne jamais avoir à renoncer à toi.
PAUSE
Ne pas partager tout ce que j’écris ici. Ne pas aller voir ce que les autres font. Accepter de ne pas être dans tous les endroits à la fois. Laisser la pause gagner tous les morceaux de moi et savourer les moments suspendus avec ceux que j’aime.
Rire en buvant un café.
Faire la vaisselle pendant que tu tries le linge en me racontant les histoires du village.
Faire des bulles et voir les enfants courir après.
Ne rien faire de spécial.
Juste être ensemble et apprécier la rareté du moment.
Être là.
Aimer.
Manger.
Rire.
Juste nous.
CIAO
Il y a quelque chose de beau dans la façon dont le coeur se serre quand il n’est pas avec ceux qu’on aime.
Les au revoir qui nous font des noeuds dans la gorge aussi serrés que les étreintes de ceux qu’on s’apprête à quitter.
Les yeux qui brillent. Les sourires remplis d’amour et de tristesse. L’amour qui déborde sur les quais de gare, dans les aéroports, au pied d’un hôtel, à la porte de chez soi.
Il y a ceux qui ont une date de retour et il y a ceux qu’on quitte sans savoir quand on les retrouvera.
On n’y pense pas, on se dit qu’on se reverra vite. Mais on ne sait pas. La plupart du temps on oublie que parfois on se dit au revoir sans savoir que c’est un adieu.
Quand la fin des vacances approchent, les au revoir se multiplient à mesure que certaines retrouvailles approchent. Tiraillée de trop d’amour, repue de joie, je suis prête à prendre le chemin du retour.
PETIT DEJ’
L’eau qui bout, les œufs qui dansent en rythme, le pain qui grillent doucement.
Les rires du matin autour de la table de la cuisine.
Armés de mouillettes la grande plongée commence. Chacun y va de son coup de cuillère. Trempée de jaune le pain est doré comme le soleil qui n’attend que nous.
On danse entre deux bouchées, même le chat virevolte dans les bras des enfants.
C’est là que, sans crier gare, la banalité devient magie.
JETABLE
La molette qui remonte le film avec un bruit de grillon enroué. La fenêtre de tir minuscule qui ne laisse pas tellement de certitude quant au cadre. Le son strident du flash qui se prépare à être déclenché.
Il n’est pas question de retoucher, inutile de vouloir un aperçu du rendu, le résultat est gardé secret dans la petite boîte.
Objet oublié et ramené au goût du jour, fidèle compagnon de mes vacances depuis que je suis enfant.
Le grain. Les morceaux de doigts. Les sourires coupés. Les ratés. Les presque noires ou on aperçoit les éclats de rire. Les yeux rouges à cause des flashs.
Les boîtes à chaussures remplies des pochettes de souvenirs développés. La joie des albums. La fin de repas où on demande « tu sais qui c’est toi là ». La vie qu’on essaie d’étirer à l’infini. La douceur de vivre dont on chercher la recette pour que plus jamais elle nous glisse entre les doigts en prenant ses empreintes sur les négatifs.
J’appuie sur le déclencheur et en une fraction de seconde le bonheur se teinte d’un goût d’éternité.
CHEZ SOI
Peu importe à quel point j’ai aimé être ailleurs, être loin, être en suspens… le train, le taxi, le code de la porte, les escaliers, la serrure..
Ce sera donc là où je terminerais de me ressourcer. Mon sas de décompression avant de revenir.
Un quotidien qui me semble presque étranger. Une routine que je m’apprête à redécouvrir. Comme de vieux amants on s’est manqué et on est prêts à se retrouver.
En attendant reste à défaire ma valise, faire disparaître les traces du vagabondage exquis auquel je me suis adonnée. Pour enfin retrouver mon amarre, un lit en guise d’ancre, une bibliothèque pour navire.
Je me glisse sous les draps avec le goûts du bonheur sur les lèvres et dans le corps.
Comme après le mois passé chez mes grand parents gamine, je suis remplie de soleil et d’amour. Mûre comme une figue prête à être croquée par la vie de tous les jours.
Je suis rentrée.