Journal de bord
novembre
Bribes captées au coeur de l’automne, reflets des remous qui m’agitent alors que je m’apprête à sauter dans le vide et quitter la vie telle que je la connais depuis 10 ans. Une sorte de photographie mot à mot du plongeoir sur lequel je me suis tenue jusqu’à l’arrivée de l’hiver.
07
Vouloir être vue jusqu’à se retrouver démasquée.
Vouloir être mise à nue jusqu’à se retrouver par un regard déshabillée.
Vouloir être soutenue jusqu’à se retrouver forcée à demander l’aide tant espérée.
Il est des vagues qui transportent, il est des tempetes qui sauvent, le courant nest pas toujours contre nous, il peut être celui qui souffle et qui soulage.
La vague est douce, mais elle reste intransigeante. Je n’ai de choix que de me laisser submerger. Je sombre et cette plongée semble vouloir en finir avec moi. Pourtant je sais qu’elle me sauve, elle me nettoie, elle m’absoud.
12
La force qui émane de toi quand tu me prends dans tes bras.
Les larmes qui roulent sur mes joues quand tu ne peux pas me voir.
La pudeur de l’amour que je ne sais pas toujours recevoir.
Moi qui aie si peur qu’on m’abandonne, dans les bras d’une amie comme toi je me perdrai mille fois.
Ni plus. Ni moins.
J’aime que tu ressentes tout aussi fort.
J’aime que tu me vois sans masque.
J’aime qu’on s’aime sans condition et sans contrainte.
J’aime que tu sois là.
Ni plus. Ni moins.
Tu es une des rares qui a le droit de me surprendre.
Tu as le droit de rentrer dans mon intime quand tu le souhaites car je sais que tu respecteras toujours ce que tu y trouves.
Tu es de celles qui, comme le phare dans la tempête, rappellent aux âmes égarées que la côte les attends et qu’il existe une issue.
Tu as l’aura des plus douces envolées lyriques.
Tu es là.
Ni plus. Ni moins.
17
Le retour aux sources.
Qui sont elles ces sources dont les promesses miroitent comme des promises.
Comment les retrouvent-ont quand on ne les a pas vraiment égarées mais plutôt jamais vraiment regardées.
De vieilles amantes négligées qui reviennent me hanter. À l’heure d’apaiser les tempêtes qui m’habitent je peine à les convaincre d’être le phare salvateur dont j’ai besoin pour ne pas m’échouer sur les falaises de mes regrets.
Elles sont les sirènes muettes que je cherche en vain.
Les quêtes intérieures sont les plus périlleuses car nul n’a cartographié les reliefs de mon vague à l’âme encore moins les fleuves et rivières de mes bonheurs.
Je cherche donc les mystérieuses sources qui détiendrait le secret de la paix que j’ai égarée.
Telle un petit Poucet je remonte le fil et je cherche ce qui en moi pourra me sauver. Il n’y a pas d’ogre, il n’y a pas de sorcière, il n’y a pas de monstre.
Il n’y a que la vie qui passe et la peur de ne pas l’étreindre comme elle le mérite.
S’il est une compagne que je veux aimer de mon mieux c’est elle. Et pour ce faire c’est moi que je devrais chérir contre vents et marées.
Alors je retourne aux sources, peu importe où cela pourra bien me mener.
08
Il est loin le temps où tu venais me chercher.
Le temps des goûters sous les tilleuls.
Le temps des sucres cachés dans les poches.
Le temps de la piscine le mercredi, des tours de manège, des marrons chauds et des virées au centre commercial.
Tu as pris soin de moi comme si c’était la chose les plus naturelle du monde.
Tu m’as inscrite au concours de dessin, au poney, à la musique.
Tu m’as portée quand le sable était trop chaud.
Tu m’as appris qu’un petit mensonge pour un pastis de plus ne faisait pas de mal.
Tu m’as appris l’espièglerie et le lit en portefeuille.
Aujourd’hui on prend soin l’un de l’autre, on rit, on mange, tu bois le pastis sans te cacher. J’en connais une qui doit sacrément ruminer ou qu’elle soit désormais.
Tu t’assures toujours que je garde le sourire, mon calme et mes rêves bien en tête.
J’essaie de te faire boire un peu d’eau, je t’écoute me raconter ta vie et importuner les passants au café.
Des sortes de Bonnie and Clyde de troquets. Un duo pas si mal assorti. On avance à ton rythme clopin clopan dans les derniers chapitres d’une épopée fantastique qui ne marquera pas l’Histoire avec un grand H mais qui restera dans nos annales.
13
Quand les flammes dansent et que le temps s’arrête.
Les conversations bercent.
Les tasses fument.
Les premières clémentines parfument le quotidien.
Les plaids réchauffent le coeur.
Au creux de moi, je me blottie.
Je retrouve le goût du réconfort.
Je me savoure.
23
Aujourd’hui j’ai acheté mes premières tulipes.
Cela fait 5 ans que je les achète sans toi.
Mais c’est toujours avec ton odeur dans un coin de ma tête que je choisis les précieuses bottes.
Pas trop d’eau.
Pas d’autres fleurs avec car elles poussent en continu.
Pas de jaune, parce que tu avais décidé ça.
J’ai des tulipes éternelles à la maison pour les longs mois où je dois attendre pour renouer avec toi.
Je me souviens des tulipes sur la table basse du salon.
Je me souviens des tulipes en photo partout où tu en trouvais.
Je me souviens des tulipes interdites désormais à la maison car elle ne font qu’exacerber ton absence.
Je les choisis soigneusement.
J’imagine que le bouquet est comme une invitation pour toi.
J’espère que tu passes pendant que je bois ma tisane en lisant.
J’aimerais une dernière grille de mot croisé sur la table de la cuisine.
Je prie encore pour retrouver la recette de la salade de lentilles.
Je sais que rien de tout cela n’arrivera.
Car de toi, tout a disparu ou presque.
Il me reste les tulipes.
Mes souvenirs, et les tulipes.
10
Qu’est ce que je fais là ?
Je suis à côté, de mes pompes, de moi… j’me sens comme la passagère clandestine d’un train fantôme. Sauf que le monstre c’est moi.
Je me fous la peur de ma vie. Je me donne le vertige. Je me torture sans scrupule. Je refais un tour gratuit. Pour être sure d’avoir bien été punie.
Je me juge plus durement que tu le feras jamais.
Je me demande comment tu peux me regarder.
Je suis là avec toute ma laideur qui transpire.
Je peux plus rien cacher. Ça dégouline à n’en plus finir.
Je suis à côté et je me dévisage comme si je m’étais jamais vraiment rencontrée.
Je sais pas si je dois hurler.
Ça me fout en l’air de pas savoir qui m’habite.
Ça me désespère de pas reconnaître la fille derrière la vitre.
Personne ne sait.
Personne ne voit.
Le monstre il hurle qu’à l’intérieur alors vous passez en pensant qu’il n’existe pas.
Il aime ça. Tant que tu l’ignores il peut rester mon bourreau.
Tant que tu l’ignores il peut me faire la peau.
Et même quand je parle de lui je sais pas lui faire honneur.
Dans tes yeux je vois que tu ne comprends pas la puissance de son horreur.
Alors je reste à côté.
Je le regarde me dévorer.
J’oublie de chausser mes pompes pour m’évader.
Je brûle en silence en espérant qu’il va se lasser.
14
Il n’y a rien de plus doux que le temps qui se suspend à l’amour et aux rires d’une famille qui se trouve.
Les sourires timides et les larmes pudiques quand les mots d’amour sont échangés. Trop souvent tus quand ils s’échappent ils emportent tout sur leur passage.
Je suis fière de toi.
Tu es résiliente.
J’admire la femme que tu deviens.
Les rencontres qui remplissent.
Les verrines et les mini sandwichs.
Les yeux des enfants qui pétillent le sucre.
Gagner la partie d’un jeu auquel on ne savait même pas qu’on avait commencé à jouer.
24
Écrire, chanter, dessiner, encore et encore, créer.
Parce que si je crée je ne suis pas silencieuse.
Si je crée je ne suis pas immobile.
Si je crée, ma voix résonne même dans le silence.
Je sais que les mots qui s’enchaînent sauvent une partie de moi qui préfère ne plus rien sentir quand la vie fait des siennes.
L’aquarelle qui remplit mes tracés à l’encre de Chine quand mes larmes n’arrivent même plus à rouler sur mes joues qui n’attendent qu’elles.
Les vocalises qui forcent mon corps à vibrer en douceur. Les graves qui ouvrent la voie aux aiguës. Les tierces et les octaves qui me réaniment. Le piano qui me soutient comme mon souffle qui tient la note.
Les heures à lire dans le noir, espérant que les guerres s’achèvent au mieux dans les contrées imaginaires que j’habite entre les lignes. J’ai la gorge qui se serre quand l’amour ne parvient pas à être déclaré et que le silence pèse sur les inconnus imprimés sur des pages que je m’empresse de dévaler.
Créer pour vivre.
Créer pour ne pas s’enliser.
Créer comme ultime élan de joie.